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Les Juifs du Mont
Mikvé
L'agglomération des
eaux
Lieu incontournable de la mémoire
hébraïque
euro-méditerranéenne, admiré par un foisonnant public local et
international, bijou de la cité, exemple de la cohabitation
judéo-chrétienne en terre occitane, le mikvé , (traduction de
l'hébreu : agglomération des eaux) de Montpellier est l'un des plus
anciens bains rituels juifs d'Europe, avec ceux de Wörms et Spire
(Allemagne), Bisheim (Alsace) et Besalù (Catalogne). Un vestige daté des
XIIe-XIIIe siècles.
Le bain rituel juif montpelliérain
médiéval, formidable découverte archéologique dans un site en constante
investigation, remis à jour à l'occasion du colloque sur « Les Juifs
à Montpellier et dans Languedoc, du Moyen Age à nos jours »,
organisé en 1985 (année du millénaire de la ville), est l'une des quatre
composantes de la Schola Judeorum , avec la synagogue (en cours
de réhabilitation et restauration), la maison d'études et la maison de
l'aumône.
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Quartier
juif médiéval
Les Juifs
consubstantiels de la fondation de la ville?
L' histoire des juifs à Montpellier remonte sans
doute à la fondation de la ville en 985.
Les historiens penchent pour cette hypothèse, bien qu'il leur faille
s'appuyer sur les archives latines chrétiennes et le testament de
Guilhem V de 1121 (le seigneur de Montpellier, fondateur de la cité
défend à ses héritiers de nommer dans son domaine de bailes
–officiers de justices- des juifs) pour établir avec précision une
présence juive sur le Mont Pestellario.
Autre source pour dater, le témoignage de Benjamin de Tudèle,
voyageur itinérant venu de Navarre, nourri à un judaïsme espagnol
brillant, qui lors de ses visites des communautés juives du Midi de
la France rapporte que, vers 1160, des structures existaient à
Narbonne, Béziers, Posquières (Vauvert), Lunel, Montpellier, avec
leurs installations communautaires, leurs savants et lettrés. On sait
enfin que le Languedoc a été terre d'accueil pour les exilés juifs
andalous fuyant les persécutions des Almohades en 1140.
Des familles de lettrés
espagnols ont ainsi trouvé refuge à Narbonne (les Kimhi) et
à Lunel avec notamment le lignage des Tibbonides, Véritable
dynastie de traducteurs qui ont véhiculé en Occident tout le savoir
ibérique d'expression arabe. C'est en 1306 que Philippe le Bel
expulse les Juifs du royaume de France, et donc du Languedoc
(français à cette époque), expulsion qui provoque alors un grand
désarroi dans les populations juives languedociennes qui trouvent
refuge en Catalogne et dans le Comté de Provence voisin.
Tout ce quatorzième siècle verra
une politique de tergiversations des monarques français jusqu'à
l'expulsion définitive des Juifs français en 1394.
Un
quartier juif ouvert ?
Au centre de
la cité : la synagogue et ses dépendances
L'habitat de la rue de la
Barralerie, au cœur de ville, regroupe la population juive autour de
son lieu de culte, dont on a trace écrite pour l'année 1277 avec
l'acte de vente d'une maison qui jouxte au n°1 (affirme le document
latin), la synagogue et ses dépendances : maison d'études et
maison d'aumône.
Les Juifs s'étendent sur plusieurs ruelles : les rues actuelles
de Castel-Moton, de Ratte, du Figuier, de la Vieille Intendance. Les
notaires des années 1301-1302 signalent des achats répétés d'immeubles
par des Juifs ; ces derniers parfois locataires de propriétaires
chrétiens qui d'ailleurs habitent aussi dans cet espace dévolu aux
Juifs.
On peut ainsi parler d'habitat judéo-chrétien, dans un quartier
ouvert. Parmi les autres possessions des Juifs à Montpellier au Moyen
Age, deux lieux de sépulture : un cimetière au faubourg de
Villeneuve, cédé en 1263 aux Cisterciens et un autre dans la partie
nord de la ville, vers Boutonnet, jusqu'en 1306.
Enfin deux «moulins de la
synagogue » sur le Lez, complètent cette topographie du quartier
hébraïque. De ces lieux circonscrits, de ce judaïsme médiéval
effervescent subsistent à ce jour le mikvé et la synagogue du XIIème
siècle, témoins silencieux d'une vie juive spirituelle intense. Si le
premier a été identifié, par l'historien Carol lancu, professeur à
l'Université Paul Valéry Montpellier III, et restauré par les
services municipaux d'Alain Gensac, architecte en chef de la ville de
Montpellier, s'il suscite à chaque visite l'émerveillement d'un
nombreux et curieux public, ému par ce haut lieu de l'âge d'or juif
médiéval, tant par sa beauté (fenêtre géminée avec élégante
colonnette), que par son remarquable état de conservation (sa
position en sous-sol lui a valu d'être épargné par les guerres de
religion), avec un approvisionnement en eau naturel (même nappe
phréatique qu'au Moyen Age) qui en fait sa spécificité et tout son
intérêt, la synagogue sommeille encore, attendant depuis le
classement du bâtiment du 1, rue de la Barralerie en 2003, « Monument
historique », les travaux de restauration et de
réhabilitation, pour ressurgir sept siècles plus tard et se voir
parée à nouveau de ses plus beaux atours.
L'acte III de la renaissance de
l'habitat juif montpelliérain médiéval est désormais d'actualité.
Un perpétuel
chantier... d'idées
Une formidable découverte
archéologique, source du projet de revalorisation du patrimoine juif
languedocien médiéval et de création d'un pôle culturel et
scientifique unique en Europe. Une richesse patrimoniale et une
mémoire commune inscrites dans une perspective plurielle. Une
synergie mise en place par le professeur Georges Frêche ,
président du Conseil Régional Languedoc-Roussillon et le professeur René-Samuel
Sirat , ancien grand rabbin de France et président de
l'Institut Maïmonide .
Michaël
Iancu, directeur
Maître de Conférences à l'Université Babes-Bolyaï de Cluj (Roumanie)
Bâtiment synagogal médiéval : porte d'entrée,
fenêtres géminées, puits de lumiére (salle basse de la maison de
priéres du XIIe/XIIIe siècles).
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HISTORIQUE DE L'INSTITUT
Montpellier à la
source...
Créé le 12 janvier 2000, salle
Einstein (Le Corum), lors de la leçon inaugurale, Montpellier,
ville de la tolérance, prononcée par le professeur Georges Frêche,
député-maire de Montpellier (aujourd'hui président de la Région
Languedoc-Roussillon) en présence du Grand Rabbin René-Samuel Sirat,
président fondateur, Guy Zemmour, président délégué et Michaël Iancu,
directeur, l'Institut Universitaire Euro Méditerranéen Maïmonide s'est
vu implanté en avril 2000, dans le Bâtiment synagogal du quartier juif
médiéval, au 1 rue de la Barralerie (voir photo).
Un site lourd de sens et de
symboles lorsque l'on songe à la riche histoire du judaïsme
montpelliérain (médecine, Talmud, Kabbale, controverses maïmonidiennes
de 1230 et 1305) et méridional. Une Jérusalem du Languedoc, Ir
ha 'har, Ir ha 'qodesh (appellations française et hébraïque de
Montpellier au Moyen-Age) renaissante, puisant sa source dans l'eau
séculière du mikvé.
Une richesse architecturale pour
une ville et une région, exploitée dans une perspective plurielle. La
création en 2000 de l'Institut Maïmonide, "tête de pont intellectuelle
de la communauté juive" (Midi Libre du 22/10/04), l'implantation
de la Nouvelle Gallia Judaica -CNRS/EPHE en 2003, la mise à disposition
de la salle des Trois Arches pour les rencontres et conférences et les
travaux archéologiques à venir, ne sont que les premiers bourgeons
d'une floraison patrimoniale et scientifique qui se poursuit.
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Maïmonide
MAIMONIDE ou
RAMBAM
(Rabbi Moshe ben Maimon)
Né
à Cordoue (Espagne) en
1135, mort à Fostat (Egypte)
en 1204, enterré à Tibériade (Israël). Théologien,
philosophe et médecin d'une grande réputation, le
nouveau Moïse (autre
appellation de Maïmonide
dans la mémoire hébraïque)
est connu dans le monde
chrétien et musulman,
notamment pour son "Guide
des Perplexes" (vers 1190).
Guide spirituel des Juifs et codificateur de la Loi
orale,
il est cependant rationaliste
et soutient la thèse de la
solidarité de la foi et du
savoir. Saint Thomas
d'Aquin et Albert le Grand lui doivent beaucoup.
Leibnitz s'intéresse à ses
idées. Il a su concilier foi et
raison.
Maïmonide et
Montpellier
Le "Guide des
Perplexes " fut traduit par
Samuel ibn Tibbon
(fils de Juda,
de la lignée des Tibbonides, dynastie
de traducteurs juifs andalous réfugiés à Lunel, fuyant les
persécutions des Almohades),
et devint le best-seller de
l'époque dans le Midi.
Grande controverse
sur ses écrits en 1230:
Orthodoxes (chef de
file: rabbin Salomon
ben Abraham)
effarouchés
par la pensée
rationalisante de
Maïmonide.
Appel aux rabbins du
Nord (Royaume de
France) pour une condamnation.
Appel à l'Église peu
fâchée d'intervenir.
Le "Guide des
Perplexes" fut en partie détruit à Montpellier
vers 1232,
avec le "Sefer ha Mada". L'autre
lien entre
"l'Aigle de la
synagogue" et la "ville
du mont"
("Ir ahar" pour
Montpellier en hébreu)
est beaucoup plus
noble: ses écrits
médicaux
furent dispensés à la Faculté de Médecine.
Controverses
Maimonidiennes
l ère= 1230-1232
Contre Maïmonide
- instigateurs
orthodoxes
- appel aux autorités
du Nord
- condamnations du
Nord
- intervention de
l'Église et Destruction
des ouvrages de Maïmonide.
2nde= vers 1300
Contre Philosophie et études
profanes
- instigateur rabbi Abba Mari de
Lunel
- appel aux autorités catalanes(Barcelone)
- condamnation du
rabbin de Barcelone
anathème: en 1305
- réponse
montpelliéraine :
contre-bans de
Montpellier
- de bans en
contre-bans, on
s'achemine vers
l'expulsion de 1306 qui
ne fit aucune différence entre maïmonidiens et
anti-maïmonidiens. |

Inauguration
du siége de l'Institut,
avril 2000
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