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Les Rencontres de Maïmonide 

Lundi 6 décembre 2021 - 18h30 - Salle Pétrarque - Entrée libre

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Désormais enregistrées et diffusées, les Rencontres et Conférences de l'Institut Maïmonide sont disponibles.

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Éditorial de Mireille HADAS-LEBEL

Les Pharisiens : un nouveau regard ?

« Le retour sur le rôle historique des pharisiens nous les montre comme l’un des principaux courants politico-religieux de la Judée à la fin de l’époque du Second Temple. Telle devrait être, pour l’essentiel, la définition retenue.

Les jugements de valeur attachés au mot « pharisien » dans les évangiles reflètent des débats dont la portée nous échappe largement aujourd’hui. Les évangiles nous renseignent indéniablement sur les pharisiens du Ier siècle, à propos desquels les sources juives sont rares. Les controverses entre Jésus et les pharisiens qui y sont relevées sont bien celles de ce temps-là. Elle s’attachent surtout à l’observance de la Torah, qui est le but majeur auquel tous, y compris Jésus, aspirent. Jésus a pu être aussi le dépositaire d’une tradition mystique concernant le Fils de l’homme mentionné dans le livre de Daniel et à laquelle les pharisiens n’adhèrent pas.

Lui que le peuple nomme « prophète » est surtout capable de ces indignations prophétiques familières à tous les prophètes d’Israël et qui sont des remontrances d’amour à leur peuple. Il est paradoxal qu’en retrouvant les accents des prophètes d’Israël, Jésus ait contribué à entretenir le mépris, sinon la haine, du peuple auquel il appartenait. « Les reproches adressés aux Juifs dans le Nouveau Testament, écrit le cardinal Joseph Ratzinger, ne sont ni plus fréquents ni plus virulents que les accusations contre Israël dans la Loi et les Prophètes […] : ils mettent en garde contre des égarements contemporains, mais ils sont toujours essentiellement temporaires et laissent aussi toujours prévoir de nouvelles possibilités de salut. »

C’est avec le proche que se tiennent les débats, non avec le lointain trop lointain. Un examen sans prévention des textes fait bien apparaître que, de tous les courants de son temps, c’est des pharisiens que Jésus a été le plus proche. C’est d’eux aussi que sont sortis Matthieu, Marc, Jean et Paul. Nul n’ignore que les querelles de famille sont les plus passionnées. Faut-il pour autant pérenniser les controverses d’un autre temps ?

Si l’on fait abstraction du ton polémique des évangiles, on y découvre une autre image des pharisiens : on y trouve un groupe juif soucieux de pureté qui voit dans la Torah la parole de Dieu et s’efforce de l’accomplir du mieux possible, d’où les débats internes dont les évangiles mêmes se font les échos. Leur scrupule peut certes verser dans le juridisme et la casuistique, une propension qui a pu s’accentuer après la révolte de Bar Kokhba (132-135), du fait de la mise à l’écart des écrits apocalyptiques jugés susceptibles de provoquer un nouvel aventurisme messianique, en vue de se concentrer sur la perfection de la vie ici-bas. Cela n’exclut pas l’espoir en la résurrection, l’attente du Royaume ou du monde à venir : « Car c’est encore une vision pour le temps fixé, elle apparaîtra à la fin et ne trompera pas ; si elle tarde, attends-la, car elle viendra sûrement, elle ne sera pas en retard. »

Les articles de dictionnaires attestent encore de l’usage péjoratif du nom « pharisien », au sens d’hypocrite ou faux dévot, dans de nombreuses langues de pays chrétiens. Mais, sans évidemment prétendre réécrire l’histoire de la langue, un usage qui appartient à un passé polémique peut et doit être redressé. La catéchèse et la prédication peuvent également contribuer à mettre fin aux préjugés contre les pharisiens (et par là même implicitement contre les Juifs) en prenant en compte le nouveau regard porté sur la réalité historique. Le temps est venu d’apaiser les querelles du passé. »

Conclusion du livre de Mireille HADAS-LEBEL, Les Pharisiens dans les Evangiles et dans l’Histoire, éditions Albin Michel, 2021.

Mireille HADAS-LEBEL, Professeur émérite de l'Université Paris-Sorbonne et Présidente de l'Institut Maïmonide.